__Au beau milieu de ce parc ce fut ensuite –ainsi j'ai vu, ainsi je raconte – juste en face, un homme sur son escabeau. Il cueillait soigneusement plusieurs fleurs de tilleul et les mettait dans un sac à dos noir posé devant lui ; répettant ces gestes sur chaque arbre de l'allée.
__Et puis il y avait, moi. Sur un autre banc, pareil à la jeune fille en robe violette, à l'exception que je ne cherchais plus. Je me levais finalement et quittais cet endroit. Il y avait mes jambes qui m'emmenaient quelque part, ou bien nulle part. Et je marchais tout droit, de plus en plus vite, alors que je n'étais pas pressée, alors qu'occasionnellement le temps ne me manquait pas. Puis il y eu cette maison devant laquelle je me suis retrouvée, le souffle court. Cette maison que j'avais vue maintes et maintes fois, celle dans laquelle j'avais attendue de longues minutes autrefois. Ainsi je levais les yeux et tressaillais, effrayée par mon reflet dans la porte vitrée.
__Enfin – il faisait nuit –sur le chemin du retour à nouveau seule, j'apercevais la jeune fille le sourire aux lèvres, assise dans l'herbe, entourée d'amis ; l'un d'eux grattait un vieil air sur sa guitare. Et moi, l'esprit perdu dans mes songes, les yeux perdus dans mes larmes et mes pas, perdus dans l'obscurité ; j'aspirais seulement à oublier. Oublier les mots futiles de ce soir, oublier leur voix juste un instant, n'oublier rien qu'une heure insignifiante de ma vie. Rentrer chez moi, ne retenir que l'image de l'homme aux tilleuls, perché sur son escabeau, de la jeune fille dans sa robe violette, qui n'attendait plus. Et puis, tomber de sommeil.



